Le miel

Publié le 8.01 .2020

Législation

Selon le Codex Alimentarius (FAO 2001), le miel est « la substance naturelle sucrée produite par les abeilles à partir du nectar de plantes ou à partir de sécrétions provenant de parties vivantes de plantes ou à partir d’excrétions d’insectes piqueur-suceurs laissées sur les parties vivantes de plantes, que les abeilles butinent, transforment en les combinant avec des substances spécifiques qu’elles sécrètent elles-mêmes, déposent, déshydratent, emmagasinent et laissent affiner et mûrir dans les rayons de la ruche ».

Cette définition de la FAO est reprise et complétée par la législation européenne qui complète cette définition de la FAO dans différentes directives. Pour faire simple : le miel soit être issu de la ruche et rien ne doit être ni ajouté, ni ôté. C’est un produit dit « primaire » sans transformation.

L’étiquetage doit permettre de connaître l’origine du produit. Si le miel est originaire de plus d’un pays de l’UE ou d’un pays tiers. Dans ce cas, l’indicateur du pays d’origine peut être remplacé par l’une des indications suivantes, selon le cas :
• « mélange de miels de l’UE »
• « mélange de miels non européens »
• « mélange de miels européens et non européens ».
Pour plus de précision sur la législation ou sur le combat des apiculteurs dans l’UE rendez-vous sur le site du Syndicat National des Apiculteurs.

Les apiculteurs et les consommateurs des différents pays européens se battent depuis longtemps pour exiger un étiquetage plus précis avec le nom exact des pays dont le miel est originaire.

Où en est-on en France ?

Le 11 juillet 2019 la secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances, a annoncé qu’un projet de décret rendant obligatoire l’ étiquetage de tous les pays d’origine des miels vendus issus de mélanges et conditionnés en France en France, sera notifié dans les prochains jours à la Commission européenne  confirmant ainsi l’annonce que Didier Guillaume avait faite lors d’une audition à l’Assemblée nationale et au Sénat en mars dernier dans le cadre de l’engagement pris par le Gouvernement lors des débats dans le cadre de la loi EGalim.

Pour plus de détails.

Les problèmes

Les problèmes sont de plusieurs types: sous-production française, risques sanitaires et fraudes en tous genres.

Le syndrome d’effondrement des abeilles

« Le syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles (en anglais, « Colony Collapse Disorder » : CCD) est défini par wikipédia comme « un phénomène de mortalité anormale et récurrente des colonies d’abeilles domestiques notamment en France et dans le reste de l’Europe, depuis 1998. »

Chaque hiver environ 10% des ruches sont normalement affectées par un problème et disparaissent. On parle de syndrome d’effondrement lorsque à la sortie de l’hiver ou parfois en pleine saison de butinage l’ensemble des abeilles d’une ruche disparaissent. Les taux de mortalité dépassent alors allègrement les les 10% et localement des apiculteurs peuvent perdre jusqu’à 90% de leur cheptel.

Bien que ce sujet reste encore très polémique, un accord sur l’aspect multifactoriel du phénomène semble se dégager. Les causes du syndrome seraient multiples.

  • les maladies parasitaires avec le rôle reconnu de l’acarien Varroa destructor
  • les pesticides agricoles et alimentaires
  • la dégradation des conditions de vie des butineurs (baisse de la qualité de leur alimentation liée à celle de la diversité florale etc.)
  • les méthodes actuelles d’élevage (nourissement trop important, sélection génétique, transhumance à outrance etc.)

Pour lire l’article généraliste de wikipedia ou l’ article de Reporterres sur le rôle des néocotinoïdes.

Le syndrome d’effondrement conjugué avec des difficultés climatiques, a provoqué dans le monde entier et notamment en France une chute importante de la production apicole.

La production française n’est pas suffisante pour satisfaire les besoins des consommateurs

En 2017, la moitié seulement des miels consommés en France était fournie par des apiculteurs français soit un peu moins de 20 000 tonnes, alors que la consommation se monte à au moins 40 000 tonnes. En mauvaise année comme en 2017 la production peut s’effondrer à 10 000 tonnes.
C’est encore pire pour la gelée royale dont les français sont friands et dont ils consomment 100 tonnes par an, dont 3 tonnes seulement sont produites en France.
Ce qui signifie que les importations sont nécessaires. Or les miels importés ne sont pas toujours à la hauteur des normes sanitaires ou de sécurité françaises.
En savoir plus sur le site de Miel in France.

De fait la production française a baissé de manière alarmante et la disparition des abeilles et de ruches entières en est la cause principale. On appelle ce phénomène le syndrome d’effondrement des abeilles.

les risques sanitaires

Un pot de miel peut contenir des substances toxiques.

Des produits phytosanitaires
Par exemple, au début des années 2000, le miel chinois a été interdit dans l’Union européenne car du chloramphénicol, un antibiotique très règlementé et potentiellement toxique y a été découvert.

Des néonicotinoïdes courants
Ces insecticides représentent environ 30% du marché et sont largement utilisés. Une étude de 2018 d’Edward Mitchell de l’université de Neuchatel (Suisse) révélait la présence d’au moins un des cinq produits étudiés dans 75% des 198 échantillons analysés.
En savoir plus sur le site de Notre-Planète-info

En fait plus les abeilles butinent dans les mono-cultures de l’agriculture industrielle le plus les risques sont importants d’avoir des produits

Des insecticides spécifiques au miel
Certains acaricides contre le varroa (abominablement meurtrier pour une ruche) sont par exemple interdits en France mais autorisés dans certains pays européens.

Des microplastiques
60 Millions de consommateurs a passé au crible le contenu de douze pots de miel, achetés en France mais contenant du miel de provenances diverses. Les analyses ont confirmé la présence généralisée des trois mêmes types de microplastiques que l’on retrouve en milieu marin. Pour lire l’article de 60 Millions de consommateurs

Les fraudes

Le miel est classé comme le 6ème produit qui risque le plus de faire l’objet de fraude alimentaire après l’huile d’olive, les poissons, les aliments biologiques, le lait et les céréales (Comenvi , 2013). Les fraudes peuvent porter sur deux points différents :

La qualité du miel

La qualité peut être modifiée soit :

  • En période de production : Les abeilles sont directement nourries avec du sucre ce qui modifie le profil des sucres du miel récolté.
  • Après la récolte : La fraude la plus fréquente est l’adultération, l’ajout de sirop de sucre (des sirops de glucose, de riz de maïs ou de canne à sucre, l’amidon des céréales) dont les champions toute catégorie sont les pays d’Asie dont la Chine, le principal exportateur dans le monde. On obtient un « miel coupé » (miel+sirop de sucre). Le produit n’est donc plus conforme à la législation européenne. De l’eau peut être également rajoutée. Les miels « toutes Fleurs » dits aussi « multifleurs », issus de mélanges de miels UE/hors UE  sont les plus susceptibles d’être ainsi frelatés. Les importateurs mélangent en effet les miels de différents pays pour arrivé à un produit standardisé (goût, couleur, texture etc.) multipliant ainsi les risques.
  • Pendant la récolte et pendant le traitement du miel : Miels récoltés trop tôt et trop humides, miels mal stockés ou trop chauffés, miels filtrés. Ces mauvais traitements font que ces miels ne peuvent plus répondre aux exigences de la législation européenne.
L’étiquetage

Fausses mentions sur l’origine botanique ou géographique du miel, mentions non conformes aux règlements et au code de la consommation, non mention des traitements subis etc.

Pour en savoir plus sur les fraudes possibles sur le site de l’ITSAP (institut du miel)

Pour ne pas se faire avoir

Quelques points de repère assez simples:

  • le prix. A moins de 10 € le kilo ce ne sera pas du vrai miel.
  • L’origine : éviter les miels comportant la mention « Miel originaire et non originaire de la UE » ils peuvent venir de Chine, du Vietnam et en général d’Asie du sud-est. Pour l’Europe, l’Espagne et l’Ukraine sont soupçonnées d’être peu regardantes sur le reconditionnement des marchandises en provenance d’ailleurs.
  • L’étiquette : elle doit indiquer 100% pur miel. Il ne doit y avoir ni colorant, ni conservateur, ni de sirop quel qu’il soit.
    En cas de doute, le site ConsoGlobe vous donne 7 autres astuces pour distinguer le vrai miel du faux.

Savoir déchiffrer l’étiquetage avec le site Apiculture&Alternative.

Petits conseils

Donnés par le magasine Reporterre

  • Si vous achetez en magasin, privilégiez les miels ayant une origine florale et géographique précise. Les fraudes ne sont pas absentes de ce type de miels, mais bien plus difficiles à camoufler. Évitez les miels portant la mention « mélange de miels originaires de l’UE et hors UE ».
  • Si vous achetez en direct auprès des apiculteurs, cela permet d’avoir un type (miel de lavande, châtaignier, acacia, sapin) et une origine précise, mais attention tout de même : un vendeur qui vous propose trop de miels est louche ! Faire cinq miels différents représente déjà un gros travail pour un apiculteur…

Dans tous les cas, le consommateur a tout intérêt à privilégier un miel affichant une origine précise (nom et adresse de l’apiculteur) et la mention « Miel récolté et mis en pot par l’apiculteur ».

Sources : citées au fur et à mesure en cliquant sur les liens