Le bio, revient-il vraiment plus cher?

Acheter bio semble revenir plus cher

Photo de Pixabay sur Pexels.com

Produire en bio demande plus de temps, d’espace et de main d’œuvre.

Aux rendements moins importants et aux normes exigées pour respecter le bien être animal s’ajoute en plus le prix de la certification.

Et les grandes surfaces s’en mettent plein les poches.

En savoir plus

Mais si on y regarde de plus près. . .

Photo de iacquadio sur Pexels.com

Si les produits conventionnels prenaient en compte tous les frais occasionnés par leur production, les produits bio deviendraient les moins chers du marché.

Or, non seulement le conventionnel reçoit plus d’aide que le bio mais les prix affichés n’intègrent pas le coût de son impact sur la santé, les ressources et l’environnement,

Car c’est la collectivité qui paie, donc le consommateur à travers les impôts.

En savoir plus

Comment acheter bio avec un petit budget ?

Photo de Skitterphoto sur Pexels.com

Deux principes fondamentaux :

– ne pas acheter n’importe où


– acheter en bio les produits alimentaires les plus dangereux pour la santé parce qu’ils sont plus traités que les autres ou que leur peau fine laissent plus passer les produits phytosanitaires.

En savoir plus

.

1. Acheter bio semble revenir plus cher

à court terme

individuellement

oui

Et bien en général oui, c’est plus cher. Et cela s’explique par :

1. les méthodes de travail utilisées en agriculture biologique
2. la politique agricole et commerciale de la France et de l’Europe.

1. Cultiver en bio coûte plus cher

En bio, les produits de synthèse (pesticides et herbicides etc.) sont interdits mais ce n’est pas la seule différence.
En agriculture biologique, les techniques de culture et d’élevage non intensives sont très différentes de celles de l’agriculture industrielle. Ces méthodes demandent :

Plus de temps

En élevage par exemple, finis les antibiotiques systématiques donnés aux animaux ou les insecticides sur les plantes. Il faut suivre ses bêtes et ses cultures de près pour pouvoir intervenir dès que nécessaire.

Il faut plus de temps pour le désherbage mécanique, plus de temps pour faire son propre compost etc.

Il faut aussi plus de temps pour élever les animaux (81 jours minimum pour un poulet bio contre 35 à 40 jours pour un poulet industriel par exemple). Ce qui signifie aussi plus d’alimentation donc plus de frais.

Les paysans qui font de la transformation sur leur ferme utilisent également des procédés parfois artisanaux et en tout cas moins automatisés qui n’ont pas le même gain de productivité qu’une production industrielle.

Plus d’espace

Le bien-être animal est également une condition du bio.

Plus d’hectares pour les prairies, sont nécessaires pour les bêtes car leur nourriture doit provenir en grande majorité de la ferme sous forme d’herbe, de foin et de fourrage. Adieu les tourteaux de soja d’Amazonie tout prêts. On mène les bêtes au pré, elles ne restent pas enfermées toute l’année dans un bâtiment.

La rotation des cultures, le maintien des jachères demandent également une surface plus importante.

Plus de main d’œuvre

Même si la filière a su développer un outillage spécifique 20% de main d’œuvre en moyenne en plus sont nécessaires sur une ferme bio. La filière est créatrice d’emplois car la mécanisation y est moins poussée qu’en agriculture industrielle.

Par exemple l’éclaircissage et la cueillette des fruits se font à la main et non à la machine ou aux produits chimiques.

Des rendements moindres encore que …

Les rendements des exploitations conventionnelles ne peuvent exister sans l’utilisation des fertilisants et des pesticides chimiques. Dès qu’on les supprime les rendements baissent de 20% en moyenne. Mais la différence tombe à moins de 10 % avec certaines méthodes culturales jouant sur la polyculture.

Le rendement des légumes et des fruits biologiques sont également bien plus liés aux aléas climatiques que les productions industrielles souvent sous serres chauffées et hors sol. Selon les années la différence de prix entre bio et industriel peut donc varier énormément.

De plus, comme il y a peu de fermes bio, le prix de collecte et de livraison des produits est plus important.

Il faut encore ajouter le prix de la certification

Le coût des contrôles et de la certification est à la charge des producteurs. Il faut compter entre 350 et 1000€ par an selon la taille de l’exploitation. En moyenne, la certification bio coûte 0,5% du prix d’un produit fini.

Pourtant rien de tout ceci ne peut expliquer le prix extravagant du bio dans les grandes surfaces.

Parce que les grandes surfaces s’en mettent plein les poches.

C’est l’UFC-Que Choisir qui nous l’explique :

« Sur la base des cotations officielles publiées pour 24 fruits et légumes4, l’UFC-Que Choisir dénonce le niveau exorbitant des marges brutes sur le bio : en moyenne, 75 % plus élevées qu’en conventionnel. Pire, cette moyenne masque de très fortes disparités selon les produits, et ce sont sur les plus consommés que la grande distribution se gave le plus. »

Différence des marges brutes entre le bio et le conventionnel dans les grandes surfaces

Daprès l’ enquête de l’UFC Que Choisir :


83 %

pour les
pommes de terre

109 %

pour les tomates

149 %

pour
les pommes

165%

pour les
poireaux

Si le niveau de marge en bio est équivalent au conventionnel pour l’oignon, l’ail ou la carotte, sur les 3 fruits et légumes les plus consommés (la pomme de terre, la tomate et la pomme) les marges brutes sont respectivement 83 %, 109 % et 149 % supérieures au conventionnel. La palme des sur-marges revient au poireau, où la grande distribution marge 2,5 fois plus sur le bio que sur le conventionnel (+ 165 %).« 


Nous vous conseillons de Lire l’article de L’UFC-Que Choisir en entier pour en savoir plus

2. Mais si on y regarde de plus près . . .

à long terme,

pour la collectivité

non !

On se rend compte que l’écart entre le bio et le conventionnel ne provient pas de la cherté du bio mais plutôt de la manière dont sont fixés les prix des produits alimentaires.

Les prix des produits alimentaires ne correspondent pas au coût réel de production.

De fait, le prix des produits alimentaires payé par les consommateurs est souvent déconnecté du prix de revient réel des produits. Il est fixé selon le principe du marché, c’est-à-dire de l’offre et de la demande. S’il y a beaucoup de carottes à vendre au même moment, le prix baisse automatiquement. Qu’importe si le prix payé au producteur ne permet pas de rembourser les frais occasionnés pour produire ses carottes.
C’est pourquoi les agriculteurs conventionnels vendent parfois » à perte ». C’est à dire que plus le producteur produit et vend ses carottes, et plus il perd de l’argent!

Ce qui explique ces manifs d’agriculteurs en colère déversant des tonnes de chou-fleurs ou de pêches dans les rues.

Le prix des produits alimentaires est bas pour le consommateur mais il n’est pas assez haut pour que l’agriculteur vive de son travail correctement et les consommateurs qui ne sont pas conscients du problème, trouvent anormal de payer un produit plus cher que ce qu’il peut trouver sur les marchés de forains ou dans les grandes surfaces.

Pour avoir des produits les moins chers possibles il faut :

  • utiliser des méthodes de travail industrielles et spécialiser les productions pour avoir des réductions d’échelle.
  • payer les salaires les plus bas possibles pour dégager de la marge. Les scandales de l’exploitation des travailleurs agricoles immigrés en Espagne ou en Italie du sud à la limite de l’esclavage sont connus depuis longtemps. Seulement cela permet d’avoir des tomates et des courgettes à des prix imbattables, et pour cause.
  • ne pas prendre en compte tous les frais annexes engendrés par la production. Comme si dans un budget vacances on ne prenait pas en compte les frais de l’hébergement.

Les prix du bio sont beaucoup plus proches du coût de production réel des produits. Donc c’est eux qui apparaissent anormalement hauts alors que ce sont les prix des produits conventionnels qui sont anormalement bas.


Ces « frais annexes » sont des surcoûts cachés que la collectivité doit assumer

Par les aides et subventions accordées à l’agro-industrie par la France ou l’Europe

par la prise en charge
de l’impact environnemental
par la prise en charge des conséquences sur la santé de la population
Photo de freestocks.org sur Pexels.com

1. l’agro-industrie reçoit 20 % d’aides et de subventions en plus

Et 20 % c’est aussi la différence moyenne de prix entre produits bio et les produits agro-industriels.

EN FRANCE : Curieusement, bien que le bio soit plébiscité par le consommateurs et que l’objectif officiel soit de doubler le nombre de surfaces en bio d’ici 2022, les pouvoirs publics le soutiennent beaucoup moins financièrement que l’agriculture industrielle (20% de moins en moyenne) : en 2017, l’état s’est désengagé des aides au maintien à l’agriculture biologique et il annonce en 2019 qu’il limite à trois ans (au lieu de cinq aujourd’hui) son soutien aux aides à la conversion. Sans parler des pénalités ubuesques, retards de paiement etc. On ne peut pas dire que la filière se sente soutenue…

EN EUROPE : La PAC (Politique Agricole Commune) qui permet d’obtenir les aides européennes, visait jusqu’à maintenant à encourager les grandes exploitations agricoles. Plus la ferme possède des hectares, plus la subvention est importante. En France, 80% des aides attribuées vont à seulement 20% de grosses exploitations industrialisées. Or la grande majorité des fermes bio sont des petites ou moyennes surfaces. Elles sont donc systématiquement désavantagées.

2. Les prix ne prennent pas en compte les frais occasionnés par l’impact environnemental de ce type d’agriculture

Les prix des produits conventionnels n’intègrent pas les coûts :

  • de la pollution engendrée par l’agriculture industrielle: pollution des eaux, de l’air et des sols par les produits chimiques utilisés (engrais, pesticides, insecticides etc.) C’est la collectivité qui doit prendre en charge les frais de dépollution en s’assoyant sur le principe du pollueur payeur.
  • du coût des problèmes de santé occasionnés aux agriculteurs qui doivent utiliser ces produits et aux consommateurs qui les absorbent non seulement dans les aliments mais également dans l’eau et dans l’air. Ce sont pourtant des sommes astronomiques.
  • du coût de l’impact sur la biodiversité
  • du coût socio-économique : suicides de paysans, niveau de vie insuffisant, charges de travail énormes. Difficultés de transmission des fermes, concentration du foncier etc.


Quelques chiffres rapides

D’après l’association Générations Futures qui cite un rapport de 2011 du Commissariat général au développement durable, le coût complet du traitement annuel de pollutions liées à l’agriculture et à l’élevage (nitrates et pesticides) dissous dans l’eau serait supérieur à 54 milliards d’euros par an. Le coût complet de dépollution du stock des eaux souterraines serait supérieur à 522 milliards d’euros (coût théorique).

Coût de la pollution agricole en France


Perturbateurs endocriniens

Entre 1000 et 1500 milliards dont 120 milliards pour les pesticides

Pollution
de l‘air

entre 68 et 100 milliards

Pollution
de l‘eau

54 milliards

Les dépenses additionnelles payées par les ménages du fait des pollutions agricoles seraient d’au minimum 1000 à 1500 millions d’euros, jusqu’à 494 € par ménage pour les localités les plus touchées.
Si on appliquait le principe du « pollueur payeur » et que l’on répercute ces sommes sur le prix des aliments produits par l’agro-industrie les produits bio seraient certainement les moins chers sur le marché.

3. Comment acheter bio avec un petit budget ?

Petits conseils pratiques

Acheter en circuit court pour avoir un bon rapport qualité/prix

Repérer les différentes possibilités de s’approvisionner en circuits courts près de chez vous. Il en existe des types très variés. Privilégier les produits locaux.
Éviter les grandes surfaces qui se prennent des marges exorbitantes. Préférer les magasins spécialisés qui privilégient les produits locaux. Prenez l’habitude de regarder d’où viennent les produits vendus. Vérifier les prix dans le petit magasin bio de la ville ou du quartier. Curieusement, certains sont très compétitifs par rapport aux grandes surfaces sur certains produits.

Acheter en vrac

L’emballage et le suremballage coûte parfois cher. Les produits en vrac sont moins chers. Et en plus vous faites un bon geste pour la planète en réduisant la pollution par le plastique.

Acheter la bonne quantité pour ne pas avoir à jeter ce qui risque de s’abîmer.


Acheter prioritairement certains produits en bio

Pour cet article nous ne prendrons en compte que la dangerosité des produits et pas l’aspect éthique ou socio-économique.

Certains produits alimentaires conventionnels sont beaucoup plus dangereux pour la santé que d’autres et ce sont ceux-ci qu’il faut acheter en bio en priorité.
Pour en savoir plus et comprendre pourquoi

Les légumes

les pommes de terre
pour en savoir plus

les feuilles : herbes aromatiques et légumes feuilles : salades, céleris, épinards, bettes
le thé et les infusions qui sont des feuilles

pour en savoir plus

Les fruits

Ceux dont la peau, fine, se mange

Les raisins frais ou secs
Les pommes
les fraises
les poires, les pêches

Les céréales

Les farines complètes ; le pain complet, les pâtes complètes etc.

Les céréales du petit déjeuner

le riz

pour en savoir plus

Les produits d’élevage

Il faut ajouter aux autres résidus la présence d’ antibiotiques et certains produits hormonaux.

Le lait
Les oeufs
Les poulets industriels
le boeuf

pour en savoir plus

sources :

article de France info une cartographie médicalisée des dépenses de santé en 2017publié le 12 juin 2019 par l’Assurance maladie.
https://www.bio-aude.com/pourquoi_le_bio_est-il_plus_cher_17.php
https://magazine.laruchequiditoui.fr/qui-tire-les-ficelles-du-bio-les-secrets-de-la-certification/
https://www.insee.fr/fr/statistiques/1379769
https://www.lemonde.fr/planete/article/2014/12/10/l-agriculture-biologique-plus-productive-qu-on-ne-le-pense_4537494_3244.html
https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/lutte-contre-pollutions-leau
https://www.generations-futures.fr/wp-content/uploads/2017/04/le-cout-des-pollutions-agricoles.pdf

pour le coût social :

https://www.cairn.info/revue-mondes-en-developpement-2006-2-page-103.htm#https://journals.openedition.org/droitcultures/3651https://www.nouvelobs.com/economie/20170513.OBS9355/pourquoi-est-ce-si-difficile-de-trouver-des-fraises-bio.html

Images par Frauke Riether, Thanks for your Like • donations welcome ,PublicDomainPictures , 272447 de Pixabay